Manifeste de Mumbai contre la guerre, l’exploitation et le travail précaire (20 novembre 2016)

Nous, 350 délégués de 28 pays (Afghanistan, Australie, Biélorussie, Belgique, Bénin, Brésil, Chili, Chine, France, Allemagne, Grande-Bretagne, Haïti, Hongrie, Inde, Italie, Corée, Maurice, Mexique, Portugal, Roumanie, Russie, Afrique du Sud-Azanie, Suède, Togo, Turquie, Ukraine, États-Unis, Zimbabwe), syndicalistes et militants politiques issus de toutes les sensibilités et de tous les courants du mouvement ouvrier, nous nous sommes réunis à Mumbai dans la Conférence mondiale ouverte contre la guerre, l’exploitation et le travail précaire (*).
En conclusion de nos débats, nous avons décidé d’adopter et de diffuser largement aux travailleurs du monde ce Manifeste.
C’est une réalité : sur tous les continents, la guerre ne cesse de se propager, l’exploitation de s’aggraver, et le travail précaire à se généraliser de plus en plus.
La guerre : notre conférence s’est tenue à un moment où se multiplient les guerres, les interventions et les occupations militaires, tout comme les menaces de nouveaux conflits. De nombreuses délégations n’ont pu participer à cette conférence du fait d’une situation de guerre dans leur région. À ceux qui prétendent que ces guerres sont justifiées parce qu’elles sont menées au nom du combat contre des dictatures et/ ou contre le terrorisme, nous répondons par des faits. Les faits établissent que c’est pour garantir sa survie et ses politiques de pillage que le système impérialiste déchaîne la barbarie. C’est ce système qui a plongé le Moyen-Orient dans un chaos sanglant, disloquant des pays entiers, forçant des millions de femmes, d’hommes et d’enfants à emprunter les routes de l’exil dans les conditions les plus atroces.
L’exploitation : dans tous les pays et sur tous les continents, ce sont les droits des travailleurs, les garanties collectives, les systèmes de protection sociale et l’existence même du droit à s’organiser qui sont aujourd’hui remis en question par un régime capitaliste en décomposition qui, pour survivre, aggrave les conditions d’exploitation.
Le chômage de masse devient la norme. Les lois du travail sont la cible d’attaques visant à détruire toute loi qui pourrait limiter l’exploitation.
Partout, afin de restreindre les droits des masses ouvrières – et de contrer leur résistance –, les régimes en place s’attaquent à la démocratie, à la souveraineté nationale et au droit des peuples à décider de leur sort.
Partout, ces régimes créent des « zones de libre-échange » et des institutions régionales qui ont pour but de diviser la classe ouvrière, de s’attaquer aux droits des travailleurs et de faire baisser le coût du travail.
Au nom de la croissance et du développement, les fermiers et les paysans sont expulsés de leurs terres et contraints de les vendre.
Partout, les exploiteurs et leurs gouvernements accroissent les pressions dans le but d’obliger les organisations ouvrières – en premier lieu les syndicats – à se subordonner aux « plans » patronaux.
Le travail précaire : hier, caractéristique des pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, il devient aujourd’hui un trait dominant dans tous les pays, y compris les pays industrialisés.
Pour les exploiteurs, l’objectif est que tout emploi devienne précaire. Le travail précaire est l’arme de destruction massive des garanties et droits collectifs ; c’est une arme contre l’organisation indépendante des travailleurs.
Les jeunes générations sont particulièrement victimes de ce fléau, leur avenir est sacrifié aux nécessités de l’exploitation.
Il y a vingt-cinq ans, toutes les forces impérialistes ont tiré parti de la dislocation de l’URSS : ce fut pour elles le signal d’une offensive sans précédent visant à remettre en cause tous les droits et garanties collectives des travailleurs dans le monde entier, tout en organisant la répression contre les militants ouvriers.
L’appel convoquant la conférence mondiale de Mumbai affirme à ce propos : « Ceux qui appellent à cette conférence mondiale peuvent évidemment avoir des analyses différentes sur les causes de cet événement. Les classes dirigeantes, et aussi de nombreux dirigeants se réclamant de la défense des travailleurs, ont prononcé des discours affirmant que le système capitaliste et la propriété privée des moyens de production constituent “un horizon indépassable”. »
L’expérience a prouvé que, depuis vingt-cinq ans, chaque fois que les organisations ouvrières ont été conduites par leurs directions, au nom de cet « horizon indépassable », à accompagner les attaques contre les droits des travailleurs, au lieu de résister à ces attaques, chaque fois que ces directions ont cherché à atténuer les coups que portait cette offensive antiouvrière, au nom du « moindre mal », cela s’est invariablement traduit par des reculs, souvent d’une extrême ampleur, pour la classe ouvrière, pour ses droits et pour la démocratie en tant que telle.
Dans ce contexte, il faut souligner que les coups portés à l’indépendance du mouvement ouvrier vont toujours de pair avec les coups portés à la paix et à la souveraineté des nations.
Nous, soussignés, qui lançons ce Manifeste de Mumbai, affirmons que ces vingt-cinq dernières années prouvent clairement que la lutte des classes reste la force motrice de l’histoire.
Nous affirmons que le progrès de la civilisation humaine, de la paix et de la démocratie dépend avant tout de la capacité des exploités et des opprimés, à travers le monde entier, à préserver l’indépendance de leurs organisations. Dans le monde entier, on ne compte plus les grèves générales, les manifestations impliquant des millions de participants. On ne compte plus les mobilisations dans lesquelles les ouvriers, les paysans, les jeunes, les étudiants se sont levés comme classe contre les gouvernements, de toute couleur politique, qui ont pris la responsabilité de protéger les intérêts d’un système capitaliste failli et d’appliquer les politiques dictées par les grandes institutions internationales qui défendent les intérêts des capitalistes (FMI, Banque mondiale, Union européenne, etc.).
Il y a vingt-cinq ans à Barcelone (Espagne) se tenait une conférence mondiale contre la guerre et l’exploitation, à la veille de la guerre d’agression contre l’Irak par les États-Unis. Son document final affirmait : « Les gouvernements de toute tendance politique qui se sont mis au service de l’impérialisme vont s’efforcer de supprimer tous nos droits et toutes nos conquêtes sociales, sous prétexte de la guerre La guerre signifie l’accélération de la marche vers la subordination des organisations ouvrières – notamment des syndicats – à l’État, ce qui menace leur indépendance. »
Au cours de cette conférence de 1991 fut créée l’Entente internationale des travailleurs et des peuples pour une Internationale ouvrière. L’EIT, à son tour, prit l’initiative d’organiser plusieurs conférences mondiales à Paris, San Francisco, Madrid et Alger. Un grand nombre de délégués présents à Mumbai ont participé à la conférence de Barcelone ou aux autres conférences qui ont suivi.
La présence d’autres délégués à Mumbai reflète le développement, sur tous les continents, du mouvement affirmant la nécessaire indépendance du mouvement ouvrier – un mouvement de résistance aux politiques d’accompagnement de l’offensive menée par la classe dominante.
Le succès de cette conférence de Mumbai appelle une initiative qui rassemble durablement toutes les forces politiques et syndicales qui ont emprunté la voie de la résistance et qui constitue un cadre ouvert à tous ceux qui – quelles que soient leurs origines ou leurs traditions dans le mouvement ouvrier – cherchent la voie de l’indépendance de classe et de son unité au niveau international.
C’est pourquoi nous en appelons à toutes les forces décidées à agir pour se libérer des chaînes de l’exploitation et de l’oppression ; nous les appelons à s’organiser à l’échelle internationale et dans chaque pays pour avancer vers un monde où la coopération harmonieuse entre les nations et les travailleurs remplacera le monde de barbarie, de guerre et d’exploitation.
C’est pourquoi les signataires de ce manifeste ont décidé de constituer le Comité ouvrier international contre la guerre et l’exploitation, pour l’Internationale ouvrière.
Comme l’affirmait fièrement la banderole de notre conférence, reprenant les paroles de L’Internationale contre la barbarie, la guerre et le démantèlement des nations « L’Internationale sera le genre humain ».
(*) Notre conférence a également été soutenue et construite par des militants syndicaux et politiques de vingt pays : ArgentineAutriche, Bangladesh, Burundi, Canada, République tchèque, Équateur, Grèce, Islande, Japon, Norvège, Pakistan, Pérou, Philippines, Pologne, Porto Rico, Rwanda, Espagne, Suisse, Tunisie.

Pour soutenir le Manifesteimprimez le pdf et renvoyez-le rempli et signé à l’une des deux adresses ci-dessous ou par email à owcmumbai2016@gmail.com .
Pour tout contact : owcmumbai2016@gmail.com
Conférence mondiale contre la guerre, l’exploitation et le travail précaire, 
World conference against war, exploilation and precarious labour
 
 
MUMBAI 2016
Les photos du meeting de clôture
Nous publions les photos du meeting de clôture de la conférence
Un immense succès, des centaines de délégués de tous les continents