Le gouvernement a décidé d’abaisser de 5 euros l’APL à compter du 1er octobre prochain. Six millions et demi de personnes, dont 800 000 étudiants, sont concernées. Bénéfice escompté : 100 millions d’euros rien que pour les trois derniers mois de 2017, visant à réduire le déficit public conformément aux injonctions de Bruxelles.

Bien évidemment, ces 6,5 millions font partie de la population la plus modeste et même, majoritairement, sous le seuil de pauvreté. Du même mouvement, le gouvernement Macron allège de façon importante l’impôt des plus riches…

Au-delà de la provocation, se confirme une double offensive, contre les APL d’abord et contre le logement HLM dans son ensemble et son principe.

D’un gouvernement à l’autre

Le gouvernement Hollande-Valls avait, voilà exactement un an, réduit ou supprimé les APL de 80 000 foyers en modifiant le barème. Trois mois plus tard, en octobre, une nouvelle modification des éléments à prendre en compte permettait de frapper cette fois 650 000 ménages.

Dans son discours de politique générale du 4 juillet, le premier ministre a mentionné le « logement social » dans son programme de révision « des politiques publiques qui pèsent sur nos actifs sans suffisamment de résultats »

Le droit au logement au centre de la cible

Un article de février dernier, intitulé « Le logement abordable, un défi pour l’Europe », dans le Monde, rappelait qu’ « un parc trop important de logements sociaux déplaît à la Commission européenne qui y voit une concurrence faussée ». L’orientation est claire.

Depuis le passage, à compter de la loi Barre de 1977, de l’aide à la pierre à l’aide à la personne, la spéculation immobilière, retenue par la construction massive de HLM (« Habitations à loyer modéré ») grâce au financement public pendant 20 à 30 ans, ne cesse de reconquérir le terrain. L’insuffisance du nombre de logements en résultat de ce basculement alimente dramatiquement la hausse des loyers et fait de l’APL une aide vitale pour nombre de familles. La spéculation y trouve son compte mais aujourd’hui, il faut aller plus loin.

L’UE, soucieuse d’emmener ce mouvement à son terme, exige que le logement social change de nature : il ne doit plus répondre à un droit des salariés mais évoluer en « logement très social », réservé à l’assistance aux plus déshérités.

Une pression inexorable s’exerce ainsi de plus en plus lourdement sur les locataires dont le « taux d’effort » (part du loyer dans l’ensemble de leurs revenus) excède à ce point les 30 à 35% que le nombre de personnes obligées de vivre avec moins de 65% du seuil de pauvreté (650 euros par mois et par ménage) est passé de 4 051 000 personnes à 5 132 000 de 2006 à 2013 (chiffres de l’INSEE, enquête nationale sur le logement).