L’indépendance de classe : un enjeu l’éditorial de la tribune des travailleurs Daniel Gluckstein 12 Juin 2019

Dans une note intitulée « Nouveau record pour les dividendes » (4 juin), le pôle économique de la CGT nous apprend qu’en 2018 les actionnaires du CAC 40 ont touché 51 milliards d’euros de dividendes, 10 % de plus que l’année précédente.

Cette progression des dividendes, à défaut d’être juste socialement, est-elle au moins « un indice du renouveau industriel français » ? interroge la note. Réponse négative : entre 2010 et 2017, les entreprises du CAC 40 ont versé à leurs actionnaires des dividendes en augmentation de 44 % et supprimé 20 % de leurs effectifs en France ! Ainsi, des centaines de milliers d’emplois sont sacrifiés (et des milliards d’euros de ce fait soustraits à la Sécurité sociale et à l’impôt en France) pour permettre à ces groupes d’augmenter leurs effectifs « dans des pays où la protection des salariés est réduite à son minimum » et ainsi de rétribuer encore plus grassement actionnaires et spéculateurs !

Indiscutablement, la CGT est dans son rôle en publiant des chiffres qui sont autant d’accusations contre le système capitaliste. En revanche, la conclusion de la note a de quoi surprendre : « Ce nouveau record de distribution de dividendes pose donc un problème majeur de partage des richesses. La croissance infernale de ces dividendes est en totale déconnexion avec la réalité économique que subissent une majorité de Français. Si Macron veut réellement que le travail paie, il doit comprendre que cela ne pourra se faire sans toucher aux revenus indécents du capital. » 

« Si Macron veut que le travail paie » ? Macron veut exactement l’inverse : que le capital rapporte de plus en plus, et pour cela que le travail paie de moins en moins ! Toute sa politique – salaires, temps de travail, Sécurité sociale, retraites*, impôts… – vise à écraser le salaire, direct et différé. Un syndicat fidèle à la Charte d’Amiens qui le fonde – et qui repose sur l’opposition irréductible entre capital et travail – peut-il l’ignorer ?

Macron « doit comprendre que cela ne pourra se faire sans toucher aux revenus indécents du capital » ? Une démarche syndicale peut-elle avoir pour objectif de faire comprendre au chef du gouvernement capitaliste le contraire de ce qu’il pense, et de lui faire faire le contraire de ce pour quoi les multinationales l’ont mis en place ?

Il n’y a qu’un moyen de se faire « comprendre » par ce gouvernement anti-ouvrier. C’est le moyen auquel ont recours en ce moment même les travailleurs des hôpitaux et des Finances publiques, de La Poste et des collectivités territoriales*, et bien d’autres… Le moyen de la grève unie pour les revendications, en particulier pour empêcher les dizaines de milliers de suppressions d’emplois que Macron et son gouvernement veulent imposer.

Il n’y a qu’un moyen de se faire « comprendre » par Macron : c’est le rapport de force construit par les travailleurs eux-mêmes, pour contraindre le gouvernement à reculer, à se soumettre aux revendications ouvrières… ou à se démettre ! C’est là tout l’enjeu de l’indépendance de classe des organisations ouvrières vis-à-vis de l’État, du gouvernement et du patronat.

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